Kinshasa : 2.500 magistrats nommés mais non payés annoncent un sit-in au ministère des Finances

Une profession en colère : « Nous sommes dans l’impasse »

Ils sont 2.500, tous magistrats nouvellement nommés en 2024 par ordonnance présidentielle, et aucun n’a perçu le moindre franc depuis leur nomination. Excédés, ces officiers de la justice congolaise annoncent un sit-in prévu le 4 juillet 2025 dans les locaux du ministère des Finances, à Kinshasa.

Dans une lettre d’information adressée au gouverneur de la ville-province, les magistrats dénoncent une situation de blocage inexplicable, alors qu’ils ont déjà été notifiés et frappés par l’incompatibilité prévue par la loi.

« Étant déjà nommés et notifiés, nous nous retrouvons dans l’impasse, ne sachant même pas quel sort nous est réservé, alors que nous sommes frappés par l’incompatibilité du fait de l’acquisition de la qualité de magistrat »,

déplorent-ils, citant l’article 65 de la loi organique n°06/020 du 10 octobre 2006.

Entre illégalité et précarité

Leur statut actuel les empêche de pratiquer toute autre activité professionnelle rémunérée, mais l’État ne leur verse aucun salaire. Résultat : ils survivent sans ressources, tout en portant un titre qui leur interdit d’exercer ailleurs.

Ce flou administratif, qui dure depuis plusieurs mois, viole non seulement leurs droits socio-économiques, mais met aussi en danger l’intégrité et la neutralité de la justice : comment exiger de ces magistrats qu’ils soient incorruptibles quand l’État lui-même les abandonne ?

Une interpellation directe au ministre des Finances

Le sit-in du 4 juillet n’est pas une simple démonstration symbolique. Il s’agit d’un ultimatum adressé au gouvernement, et en particulier au ministère des Finances, pour débloquer les fonds nécessaires à leur prise en charge effective.

Le silence prolongé des autorités inquiète. Car pendant ce temps, les cours et tribunaux attendent leur mise en service, les dossiers s’accumulent, et la justice ralentit, au détriment du citoyen ordinaire.

Une justice à deux vitesses ?

Cette situation révèle une fois de plus les grandes contradictions de la gouvernance congolaise : on nomme des magistrats en grande pompe pour montrer sa volonté de réformer la justice, mais on oublie d’assurer leur traitement de base.