Des fonds de réparation détournés de leur mission initiale
Censé incarner une réponse concrète et symbolique aux atrocités subies par les populations de Kisangani lors de la guerre de six jours en juin 2000, le Fonds de réparation des victimes des atrocités (FRIVAO) est aujourd’hui au cœur d’un scandale de mégestion d’envergure nationale.
Un rapport accablant révèle qu’en seulement quatre mois, 850 000 dollars américains — alloués pour indemniser les victimes — ont été utilisés pour des dépenses de fonctionnement du fonds lui-même. Autrement dit : l’argent destiné aux blessés, aux veuves et aux orphelins a servi à faire tourner l’administration.
Quand les victimes financent l’appareil bureaucratique
Selon les informations contenues dans le rapport, consulté par plusieurs médias congolais, ces fonds ont principalement servi à :
Payer des salaires et primes aux membres du personnel du fonds,
Couvrir les frais de fonctionnement, notamment les missions, les déplacements, la logistique,
Et même à financer des campagnes de communication.
Aucune dépense notable n’a été consacrée aux projets directs de réparation ou à des actions en faveur des bénéficiaires. Pire : plusieurs victimes affirment n’avoir jamais été contactées par l’administration du FRIVAO.
Une injustice qui enfonce le couteau dans la plaie
Pour rappel, la guerre de six jours entre les forces rwandaises et ougandaises à Kisangani avait fait plus d’un millier de morts et des milliers de blessés, pour la plupart civils. En 2005, la Cour internationale de justice avait reconnu la responsabilité de l’Ouganda, et ordonné des réparations. Depuis, les victimes attendent un geste concret de l’État congolais.
La création du FRIVAO en 2023 était donc perçue comme un premier pas vers la reconnaissance, voire une forme de soulagement moral. Mais ce rapport vient anéantir cette confiance naissante, en exposant une gestion budgétaire cynique, bureaucratique et coupée de la réalité des survivants.
Et maintenant ?
Face à l’indignation grandissante, plusieurs voix s’élèvent pour demander un audit indépendant, la suspension des responsables impliqués, et surtout le recentrage immédiat des fonds vers les véritables bénéficiaires.
La ministre des Droits humains, le Premier ministre et même la Présidence sont appelés à se prononcer, car il ne s’agit pas seulement d’un scandale financier : c’est une faute morale et politique majeure.